Paray-le-Monial
L'Histoire Miraculeuse
Au cœur du Charolais, le monastère de la Visitation a été le théâtre d'événements qui ont bouleversé la chrétienté. Entre 1673 et 1675, une humble religieuse reçoit des confidences divines.
Une longue Histoire
La dévotion au Sacré-Cœur en France prend son essor dans la France moderne (XVIIe siècle) autour des révélations de Paray le Monial, puis devient au XIXe XXe siècle un culte de masse, intimement lié aux crises nationales (Révolution, 1870, Grande Guerre) et à une culture catholique de réparation et de consécration nationale.
Cependant la dévotion au Sacré-Cœur en France ne naît pas avec Marguerite Marie, mais s’inscrit avant 1673 dans un long développement de la spiritualité du « cœur », qui s’affine au XVIIᵉ siècle chez l’École française (Bérulle, Condren, Jean Eudes,) comme réponse, entre autres, aux tendances rigoristes qui culmineront dans le jansénisme, en mettant en avant l’amour et la miséricorde du Christ.
* Racines médiévales et pré tridentines
• Dès le Moyen Âge, la contemplation du côté ouvert du Christ (Jn 19,34 : du côté ouvert jaillissent « le sang et l’eau »,) prépare la symbolique du Cœur transpercé, particulièrement chez les cisterciens et franciscains (Bernard, Bonaventure), où le Cœur exprime l’amour rédempteur et la compassion, interprétés comme les sacrements (baptême, Eucharistie) et comme le don plénier de l’Esprit, donc l’Église qui naît du Cœur ouvert du Christ.
• Chez les mystiques médiévaux et leurs héritiers, la plaie du côté est vue comme « porte » ou « fenêtre » du Cœur : le Christ laisse voir son amour intérieur, et invite le croyant à entrer dans ce Cœur, à s’y réfugier, à s’unir à lui dans la compassion et la confiance.
• Chez Bernard de Clairvaux et les cisterciens, le cœur est le lieu intérieur de l’union au Verbe, symbole de l’amour, du désir et de la capacité de l’âme à se laisser dilater par la charité. , le côté transpercé devient à la fois signe de douleur (la gravité du péché) et d’accès à la douceur de la miséricorde : la plaie ouvre l’entrée vers le sein de la miséricorde où l’âme « repose » et se laisse purifier.
• La tradition franciscaine est très affective : chez Bonaventure et dans la piété qui suit François d’Assise, la contemplation des plaies, du côté et du Cœur vise à susciter la compassion, l’imitation et un amour de réponse, il montre un Cœur souffrant qui suscite la pitié et manifeste l’« amour suprême » du Christ, comme le note l’étude sur la mise en scène du cœur dans les livres religieux du XVe siècle. Un exemple typique tardif (mais issu de cette tradition) est l’image d’un grand cœur posé sur la croix, portant les instruments de la Passion et la plaie de la lance : le cœur « résume » la Passion, à la fois victime, autel et source de vie, et concentre visuellement l’attention du priant sur l’amour qui se donne.
• Du XIIIᵉ au XVᵉ siècle, des pratiques explicites envers le Cœur de Jésus se développent dans divers ordres (Franciscains, Dominicains, Chartreux), avec des prières, images et méditations centrées sur le Cœur blessé comme source de grâces.
• Les Dominicains , engagés dans la prédication et la diffusion d’images, ils relaient ce registre affectif dans les sermons illustrés, les livres de dévotion et les confréries, où le Cœur ou le côté du Christ devient un motif catéchétique. • Chez les Chartreux, la méditation de la Passion, des plaies et du Cœur sert d’axe à la vie contemplative ; on « entre » dans les plaies pour parvenir au Cœur, signe d’union intime au Christ. avec des lectures méditées de la Passion invitant à « se réfugier dans le côté ouvert », à « reposer dans le Cœur » du Christ, (Ludolphe le Chartreux).
Images manuscrites : dans certains livres d’heures et livres de dévotion de la fin du Moyen Âge, le cœur devient littéralement le « support » de la Passion : cœur crucifié, cœur portant la plaie de la lance, entouré des instruments de la Passion, ou encore cœur d’où jaillissent traditionnellement présenté comme le sang et eau. Un exemple très parlant est celui des Heures d’Anne de Mattefelon (vers 1440) : un grand cœur posé sur la croix, transpercé (plaie de la lance encore visible), avec l’Enfant Jésus tenant fouet et verges de la Passion, condense visuellement l’idée que le Cœur blessé est à la fois lieu du sacrifice et source de la Rédemption et des grâces. (Livre de dévotion destiné aux laïcs, le livre d’heures est apparu sous sa forme primitive au 13e siècle. Supplantant le psautier auprès des fidèles dans leur récitation quotidienne des prières, il connaît son apogée deux siècles plus tard et est traditionnellement présenté comme le best seller du Moyen Âge)
• Sens théologique : Le Cœur blessé représente le Christ tout entier, mais vu du point de vue de son amour : la blessure montre combien il a aimé, et le cœur devient ainsi un résumé de la Passion, lisible immédiatement par le fidèle. . La plaie du côté, associée à la sortie du sang et de l’eau, signifie que les sacrements et la vie de l’Église jaillissent du Cœur même du Christ ; s’y réfugier, c’est se placer à la source de la grâce. En ce sens, ces prières, images et méditations des XIIIᵉ et XVᵉ siècles, dans les familles franciscaine, dominicaine et chartreuse, constituent déjà une véritable « dévotion au Cœur de Jésus », même si le vocabulaire de « Sacré-Cœur » n’est pas encore fixé : le fidèle est invité à un cœur à cœur avec le Christ, à entrer dans son Cœur blessé comme dans la source des grâces et de la miséricorde.
* Avant 1673 : un langage spirituel du « cœur »
• L’École française (Bérulle puis Condren, Olier, etc.) insiste sur l’union au Christ « intérieur », à ses « états », à ses dispositions filiales, au point que le cœur à cœur avec Jésus devient un schéma majeur de vie chrétienne, préparant une focalisation plus explicite sur son Cœur.
Bérulle et l’École française : Le cardinal de Bérulle met au centre la contemplation du Verbe incarné, de ses « états » et de sa vie intérieure, en vue d’une transformation du fidèle dans les sentiments du Christ, même s’il ne systématise pas encore un « culte » autonome au Sacré Cœur. Cette tradition bérullienne inspire un style de prière affective et intérieure (dévotion aux « dispositions » de Jésus et de Marie) qui prépare très directement l’orientation future vers le Cœur comme « fournaise de charité » et lieu où se déploie le mystère de l’amour de Dieu.
Jean Eudes avant Paray le Monial : Jean Eudes (1601-1680) est, en France, le grand propagateur liturgique du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie avant les apparitions de Paray le Monial.
• À partir des années 1640-1650, il organise une véritable liturgie des Cœurs de Jésus et de Marie (messes, offices, fêtes), où le Cœur désigne l’intériorité de Jésus et de Marie, foyer de leur amour et de leurs vertus, présenté comme « fournaise de charité » et lieu où se révèle la miséricorde divine
Chez lui, la spiritualité du Cœur n’est pas seulement affective : elle est pastorale et missionnaire, orientée vers la conversion, la confiance et la réparation, ce qui fera dire qu’il est « Père, Docteur, Apôtre » de cette dévotion avant Marguerite Marie
.
*Jansénisme, rigorisme et accent sur la miséricorde
• Le XVIIᵉ siècle français voit monter le jansénisme, Cornelius Jansénius, évêque d’Ypres en Belgique, développe l’idée théologique comme quoi l’homme qui ne se tourne pas vers Dieu manque de Grâce et donc le Christ n’est pas mort pour lui. , une vision restreinte de l’accès à la communion et une insistance forte sur la justice divine, au détriment d’une perception large de la miséricorde. L’Eglise condamne à plusieurs reprises cette théologie en réaffirmant que le Christ est mort pour tous les hommes, Il veut le salut de tous.
• La dévotion au Cœur de Jésus (chez Jean Eudes puis, après 1673, à Paray le Monial) se développe précisément dans ce contexte « jansénisant », comme un rappel de l’amour miséricordieux de Dieu, accessible aux pécheurs et invitant à la confiance et à la réparation plutôt qu’à la peur.
• Cette spiritualité du Cœur insiste sur un Dieu qui « ouvre » son Cœur, répand les « flots de sa miséricorde », veut consoler, pardonner et transformer, ce qui, à terme, constitue une réponse doctrinale et pastorale en opposition au climat de sévérité janséniste.
• C’est dans ce climat d’aridité du jansénisme où beaucoup délaissent les églises que le Christ choisit de dévoiler Son Cœur à une religieuse bourguignonne, Sainte Marguerite Marie. Il désire rappeler aux hommes son Amour et Sa Miséricorde infinis. Il demande aux hommes d’y répondre en L’honorant au Saint Sacrement (participation à la Communion Eucharistique et à l’Adoration).
*Le grand départ : Origines (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles)
• Marguerite Marie Alacoque, très jeune, aime se retirer dans les bois pour réciter le Rosaire. À 5 ans elle fait sa première consécration à Dieu en disant intérieurement : « Ô mon Dieu, je Vous consacre ma pureté et Vous fais vœu de perpétuelle chasteté. » , Le jour de sa confirmation, elle ajoute à son prénom celui de Marie, ceci par reconnaissance pour sa bienfaitrice. À 24 ans, elle entre au monastère le 25 mai 1671,. visitandine à Paray le Monial, elle affirme recevoir des révélations du Christ lui montrant son Cœur « qui a tant aimé les hommes » et demandant un culte de réparation, une fête liturgique et la consécration de la France. dans ce contexte de jansénisme. :
Première apparition
27 Décembre 1673
Alors que Marguerite Marie est en prière devant le Saint-Sacrement, le Seigneur lui apparaît. Il lui découvre les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré-Cœur. Elle reçoit la grâce de reposer sur la poitrine du Christ comme l’apôtre Saint Jean.
«... elle a la vision prolongée d’un « Cœur toujours présent, transparent comme un cristal. Surmonté d’une croix, Il porte la plaie du Calvaire et la couronne d’épines. » Le Seigneur Lui explique que les épines qui enserrent Son Divin Cœur ... »
« signifie les piqûres que nos péchés Lui font ». La croix qui y prend racine manifeste que, dès les premiers temps, de Son Incarnation, c’est-à-dire dès lors que son Coeur fut formé, la Croix y fut plantée. Jésus fait entendre à Marguerite Marie cette plainte : « J’ai soif, Je brûle du désir d’être aimé ! »
Surmonté d'une croix, Il porte la plaie du Calvaire et la couronne d'épines. » Le Seigneur Lui explique que les épines qui enserrent Son Divin Cœur « signifie les piqûres que nos péchés Lui font ». La croix qui y prend racine manifeste que, dès les premiers temps, de Son Incarnation, c'est-à-dire dès lors que son Coeur fut formé, la Croix y fut plantée. Jésus fait entendre à Marguerite Marie cette plainte : « J'ai soif, Je brûle du désir d'être aimé ! »
Il lui confie : « Mon Divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes et pour toi en particulier, que ne pouvant contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen et qu'Il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que Je te découvre... »
Jésus charge Marguerite-Marie de faire honorer l'image de son Cœur blessé. Il Lui plaît singulièrement d'être adoré sous la figure de ce Cœur de chair et Il promet que : « partout où cette image serait exposée pour y être singulièrement honorée, elle y attirerait toute sorte de bénédictions. »
Enfin, Marguerite-Marie entend encore cette plainte du Sacré-Cœur : « J'ai soif, mais d'une soif si ardente au Saint Sacrement, que cette soif Me consume et Je ne trouve presque personne qui s'efforce, selon mon désir, de Me désaltérer, en rendant quelque retour à mon amour. »
Deuxième Apparition
Juin 1674
Le premier vendredi du mois, Marguerite-Marie est devant le Saint Sacrement. Jésus se présente à elle dans la gloire, les cinq plaies de sa Passion brillant comme cinq soleils.
Le Christ redit son Amour infini pour les hommes et se plaint de l'ingratitude et du mépris obstinés qu'ils Lui témoignent en retour, en particulier dans son Sacrement d'amour, l'Eucharistie. Ce délaissement Lui est plus douloureux, dit-il, que tout ce qu'Il souffrit en sa Passion.
« S'ils Me rendaient quelque retour d'amour, J'estimerais peu tout ce que J'ai fait pour eux et voudrais, s'il se pouvait, en faire encore davantage. »
Mais ils n'ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. » « Du moins, donne-Moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu pourras en être capable ».
En juin 1674, le premier vendredi du mois, Marguerite-Marie est devant le Saint Sacrement. Jésus se présente à elle dans la gloire, les cinq plaies de sa Passion brillant comme cinq soleils. Le Christ redit son Amour infini pour les hommes et se plaint de l'ingratitude et du mépris obstinés qu'ils Lui témoignent en retour, en particulier dans son Sacrement d'amour, l'Eucharistie.
Le Christ ouvre alors son Cœur, d'où jaillit une flamme si puissante que la sœur peut à peine la supporter : « Tiens, lui dit-Il, voilà de quoi suppléer à tout ce qui te manque. »
Après cet embrasement d'amour, le Seigneur lui fixe ce qu'elle doit accomplir pour répondre à son désir :
- Communier aussi souvent que l'obéissance le lui permettra.
- Le faire chaque premier vendredi du mois
- L'accompagner dans sa prière au Père, chaque jeudi soir de 23h à minuit, en souvenir de sa tristesse mortelle au jardin des Oliviers.
La "Grande" Apparition
Entre le 13 et le 20 juin 1675, C'est l'apparition la plus célèbre, celle où le Christ demande l'institution d'une fête particulière pour honorer son Cœur.
Pendant l'octave de la fête du Saint Sacrement, alors que Marguerite-Marie prie devant l'Hostie consacrée, le Christ lui apparaît et lui découvre son Cœur :
« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance Je ne reçois ... »
de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par leurs froideurs et les mépris qu'ils ont pour Moi dans ce sacrement d'Amour.
C'est pour cela que Je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en Lui faisant réparation d'honneur, par une amende honorable, pour réparer les indignités qu'Il a reçues pendant le temps qu'Il a été exposé sur les autels. Mon Cœur se dilatera, pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui Lui rendront cet honneur, et qui procureront qu'il Lui soit rendu. »
Se sentant indigne d'une telle mission, Marguerite-Marie s'exclame : « Mais, mon Seigneur, à vous vous adressez-vous ? À une si chétive créature … » et Jésus la rassure : « Eh ! quoi, pauvre innocente que tu es, ne sais-tu pas que Je Me sers des sujets les plus faibles pour confondre les forts ? Ne crains pas Je règnerai malgré Mes ennemis et tous ceux qui voudront s'y opposer. »
Cette apparition est à l'origine de la Fête du Sacré-Cœur et de la communion réparatrice des premiers vendredis du mois.
Frise Chronologique
Moyen Âge
XIIᵉ - XVe Siècles
Les prémices de la dévotion naissent dans les monastères cisterciens, portées par la méditation des plaies du Christ.
XVIIe Siècle
L'Aube des Révélations
Sainte Marguerite-Marie Alacoque reçoit les apparitions à Paray-le-Monial, assistée par Saint Claude de la Colombière.
La Révolution
1789 - 1799
Une période d'épreuves sanglantes où le Sacré-Cœur devient un symbole de résistance et d'espérance pour les fidèles.
XIXe Siècle
L'élan national
Le "Vœu National" conduit à l'édification de la Basilique de Montmartre après la guerre de 1870.
XXe Siècle
Consécration universelle
La dévotion s'étend au monde entier avec la fête liturgique instituée pour l'Église universelle.
Révolution, restauration et « France du Sacré-Cœur » (1790-1870)
Fin XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles : action de Claude La Colombière et diffusion du message ; Paray devient lentement un centre de rayonnement spirituel, sans être encore un « pèlerinage de masse », premiers autels et chapelles dédiés au Cœur de Jésus dans des églises françaises
Au XVIIIᵉ siècle, confréries et archiconfréries du Sacré-Cœur se développent, notamment autour d’Anne Madeleine Rémusat à Marseille (première messe du Sacré Cœur en 1716, archiconfrérie d’adoration perpétuelle en 1717), ce qui donne à la dévotion un premier maillage français, surtout urbain et féminin.
• La Révolution détruit ou disperse de nombreuses confréries, mais les milieux contre révolutionnaires et royalistes adoptent le Sacré Cœur comme symbole de fidélité religieuse et monarchique (images portées par les Vendéens, références à la « consécration refusée » par Louis XIV).
• Au début du XIXᵉ siècle, la Restauration voit renaître la dévotion, avec multiplication d’images, de statues, de confréries paroissiales et de pratiques d’adoration, souvent associées à la réparation des « crimes de la Révolution ».
• Sous le Second Empire, la béatification de Marguerite Marie (1864-1865) marque un tournant : l’extension de la fête du Sacré Cœur gagne du terrain dans les diocèses, et le culte s’universalise au-delà des cercles monarchistes, tout en gardant une forte tonalité d’expiation nationale.
Le vœu national et Montmartre (1870-1914)
• En pleine guerre de 1870-1871 et face aux malheurs de la France, Alexandre Legentil et d’autres laïcs formulent un « vœu national » promettant un sanctuaire parisien dédié au Sacré-Cœur, en esprit de repentance et pour obtenir le salut du pays et du pape prisonnier.
L’Assemblée nationale vote en 1873 la loi d’utilité publique permettant la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, perçue par ses promoteurs comme un monument de réparation pour 1789, 1870 et la Commune, et comme un acte de consécration implicite de la France.
• Parallèlement, les diocèses se consacrent progressivement au Sacré Cœur (tous les diocèses de France selon les promoteurs du vœu), avec processions, heures saintes, promesses individuelles, faisant du motif du Cœur de Jésus un signe omniprésent dans la culture catholique militante de la fin du XIXᵉ siècle.
Etablissement de la Garde d'Honneur du Sacré-Cœur en 1863 et du Scapulaire du Sacré-Cœur en1876
Grande Guerre et apogée populaire (1914-1945)
• Pendant la Première Guerre mondiale, images, scapulaires et drapeaux au Sacré-Cœur circulent massivement : soldats, familles et paroisses multiplient promesses et consécrations, et de nombreuses communes ou diocèses s’engagent au Cœur de Jésus.
• Le 11 juin 1915, le cardinal Amette consacre solennellement la France au Sacré-Cœur à Paris, ce qui donne à la dévotion une dimension explicite de « France consacrée », même si l’acte reste ecclésial et non étatique.
• Des figures mystiques (comme Claire Ferchaud en Vendée) demandent que le Cœur de Jésus figure sur le drapeau national, ce qui manifeste la tension entre une République laïque et une partie du catholicisme qui voit dans le Sacré-Cœur le signe salutaire pour la nation.
Encadrement doctrinal et évolutions récentes (1945-XXIᵉ siècle)
• En 1956, l’encyclique Haurietis aquas de Pie XII propose une synthèse doctrinale de la dévotion, en soulignant que le culte du Cœur de Jésus vise le mystère de l’amour rédempteur du Christ, et qu’il ne doit pas être réduit à un simple sentimentalisme ou à une idéologie politique.
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• En France, à partir des années 1960, la pratique visible (processions, images domestiques) recule dans beaucoup de milieux urbains, mais le Sacré-Cœur demeure présent dans la toponymie (églises, chapelles, établissements scolaires) et dans certaines congrégations, mouvements de spiritualité et formes de piété réparatrice.
• Aujourd’hui, la basilique de Montmartre, la fête du Sacré-Cœur (avec ses actes de consécration personnels ou familiaux) et les nombreuses paroisses ou écoles « Sacré-Cœur » perpétuent en France une dévotion recomprise davantage comme contemplation du mystère de la miséricorde divine que comme programme politico national, même si la mémoire des vœux nationaux demeure très présente dans l’historiographie.
Pèlerinage
Visitez le Sanctuaire à Paray-le-Monial
